L'histoire de la vigne à Mantes

L'histoire de la vigne à Mantes .....

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"A Mantes fut la dînée,

Où croît cet excellent vin

Que sur le clos célestin

Tombe à jamais la rosée !

Puissions-nous dans cinquante ans,

Tous ensemble en faire autant ! "

 

           Ainsi chantait Regnard au XVIIIe siècle dans son "Voyage en Normandie"  et le poète ajoutait, non sans ironie : "Ces pauvres célestins font vœux de boire présentement le vin qui croît  dans leur clos…" 

           Quelques années plus tard, Ménard, dans son "Voyage de Paris à la Roche-Guyon" apporte également son témoignage :

 

" Les Célestins dont la colline

produit une liqueur divine…". 

" Des coteaux où, non sans peine,

par le travail des vignerons,

la vigne vient par escadrons…"

 

         Le vin de la région de Mantes était avantageusement connu du temps de Louis XIV.

         Du reste, Henri IV, un siècle auparavant, l'appréciait déjà et ne manquait pas de s'en délecter au cours de ses nombreux séjours à Mantes, soit à la table de Sully, soit en compagnie de Gabrielle d'Estrées.

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       Il est certain qu'au moyen-âge, les coteaux qui bordent la Seine et la Vaucouleurs étaient couverts de vignobles comme en témoignent de nombreuses chartes commerciales du XIIe et du XIIIe siècles. C'est ainsi que celle de Montchauvet octroyée vers 1131 par Louis VI à Amaury III de Montfort, stipule que les jurés en titre nommeront "trois courtiers pour  aider de leurs conseils ceux qui viennent dans la ville acheter du vin", dont la réputation devait alors s'étendre assez loin.

       …A partir des années 1690, un retournement se produit; la décennie 1680/1689 à vu les prix du vin se maintenir à un niveau assez bas signe d'une surproduction liée à la forte extension du vignoble dans les années précédentes; comme le prix du blé s'est maintenu lui aussi à la baisse, les conséquences n'ont pas été catastrophiques pour le vigneron; mais à partir de 1690, les prix du blé recommencent à monter; la guerre, maintenant permanente jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, entretient la hausse, d'autant plus que les mauvaises récoltes répétées, principalement 1693, 1698, 1709 affolent la courbe des prix. Climatiquement, la période est mauvaise pour la vigne: hiver très rigoureux de 1698, grêles répétées, surtout en 1694 et 1706, cette dernière, catastrophique pour le vignoble de la région comprise entre le confluent de l'Oise et Mantes. La production de vin diminue considérablement et cette baisse n'est pas seulement le fait des mauvaises récoltes….. 

          Pour  assurée qu'elle soit, la croissance du XVIIIe siècle n'est pas uniformément répartie dans la région étudiée; elle est forte dans les pays proches de Paris et elle se produit après le recul momentané des années 1690/1715. Dans la région de Mantes, au contraire, l'évolution est toute différente; témoignages qualitatifs et quantitatifs s'accordent et tous les observateurs de la fin du XVIIe siècle ont écrit ce recul brutal du vignoble Mantois; la véhémence de certains propos a même pu faire croire que certains rapports poussaient le tableau à l'extrême. Rappelons-en rapidement les données : elles viennent des intendants et de Boisguillebert. 

          Visitant l'élection de Mantes en juillet 1684, M.de Ménars, intendant de la généralité de Paris, en décrit la prospérité : "Le tiers de l'élection est en terres labourables, et les deux tiers en vignes. L'on y recueille quarante mille muids* de vin année commune" et de préciser qu'on expédie ce vin vers la Normandie et la Picardie, qu'on en a récolté 31 000 muids en 1683 et qu'il devrait y en avoir plus en 1684 avec un peu de pluie. Ecrivant en 1704 son "Mémoire sur l'état des vignes de l'élection de Mantes" Guy Chrestien affirme "qu'on a arraché depuis 50 ans plus de quarante mille arpents* de vignes dans l'étendue de la banlieue" et il date donc aussi des années 1680 et suivantes la fin de la prospérité; pareille unanimité fait plaisir…

 * 1 muid équivalait à 268 litres de vin. * 1 arpent équivalait à 100 perches soit de 20 à 50 ares

           Jusqu'à la Révolution, une partie de la population du Mantois vécut de la culture de la vigne.

          En 1789, il y avait sur le territoire de ce qui devint l'arrondissement de Mantes 5 500 arpents plantés en vignes; en 1833, Armand Cassan dans sa statistique ne signale plus que 1 729 hectares et il attribue cette diminution aux gelées et aux maladies qui ont fait périr  un grand nombre de plans.

          Aux environs de 1830, les variétés les plus appréciées sont pour le raisin noir le Meunier et le Gamet, pour le raisin blanc, le Meslier. 

          A partir de 1923, sur les coteaux qui longent les deux rives de la seine, quelques cultivateurs ont essayé de reconstituer les vignobles de leurs ancêtres, à l'aide d'hybrides directs de variétés diverses.

          Parmi ces plants nouveaux, il faut citer l'Othello, le Baco, le Noah et le Seibel qui donnent un raisin blanc ou rouge dont le vin le plus généreux ne dépasse guère 10°.

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Vendanges et Persorailles 

          … Son matériel prêt, le vigneron doit attendre que le seigneur  proclame le ban de vendange après avoir pris l'avis des messiers et des principaux habitants du village. Pas question de vendanger avant la date officielle, sinon le seigneur confisque vendanges et instruments et condamne à l'amende. D'ailleurs les vignes sont bien gardées à partir du moment où le raisin commence à mûrir; des messiers, en nombre variable suivant l'importance du vignoble et la richesse des habitants, parcourent les vignes armés de leur hallebarde. Les abbayes assurent à leurs frais la garde de leur vignes non closes, garde assurée nuit et jour  par un homme couchant dans une cabane au milieu des ceps, en même temps qu'elles font remettre en état les chemins pour la commodité des vendanges. 

          Une dérogation est accordée pour  pénétrer  dans les vignes avant la date fixée par le ban quand il s'agit de faire le vin d'avant vendanges, ce qu'en certains lieux on appelle le vin de trois heures car les vendangeurs veulent  être abreuvés; s'il ne reste plus de vin de l'année précédente, il faut être en mesure de leur servir du vin nouveau et, dans les inventaires, on trouve normal de ne pas priser le vin destiné à cet usage et qui ne peut donc pas être vendu.

          Effectuer les vendanges demande la paix et la sécurité; en 1593, on voit Henri IV accorder  une trêve aux combattants de la région parisienne, trêve qui ne peut que plaire aux bourgeois de Paris. De son coté, le maire de Mantes se rend à la requête des habitants et vignerons de la ville qui demandent que les portes restent ouvertes pendant le temps des vendanges, du moins la porte de Rosny et la porte aux saints car, disent-ils, ces deux portes ont toujours été ouvertes, même en temps de guerre.

         Enfin, avant de commencer la vendange, il faut résoudre un énorme problème de main-d'œuvre. Dans les vignobles peu étendus, où la culture l'emporte encore sur la vigne, la vendange est faite par la famille du vigneron, avec l'aide d'autres habitants du village. Mais quand la vigne devient une monoculture, il faut recruter des centaines, voire des milliers de vendangeurs. Fort heureusement, Paris est proche, mais on préfère recruter la main-d'œuvre à la campagne car elle est plus docile et plus appliquée; d'autre part, la complémentarité des pays de culture et du pays vignoble favorise les échanges économiques et humains…..

            N.B. A Mantes, le 27 septembre 1682, le maire de la ville autorise à vendanger le 28, de 6 heures du matin à 6 heures du soir, pour faire le vin des vendanges.

          Le 16 septembre 1677, pareille autorisation avait été donnée "pour les besoins desdites vendanges et cela dans ce jour d'huy depuis une heure jusqu'à quatre heures après midi". 

           …Le vignoble n'est plus, et les vignerons ont disparu.

          Dans une région parisienne qui s'urbanise toujours plus et qui a attiré des millions de provinciaux sous son ciel  gris, on en arrive même à ne plus savoir  que la vigne a existé, et à nier en bloc son extension et la qualité de ses produits. C'est qu'il ne reste rien, ou à peu près rien, de ce qui a fait la fortune d'une province, et que le témoignage des anciens n'est plus utilisable directement, car nos vieux parlent  des débuts de ce siècle, c'est-à-dire de l'après phylloxera.

         Ce qu'il faudrait, ce serait que revive un riche bourgeois de Mantes. Alors, pourvu qu'il ait connu l'époque de Louis XIII, il nous décrirait un vignoble resplendissant de santé, cultivé avec cet amour  que les paysans ont toujours porté à la terre et aux travaux des champs, entretenu suivant les règles de l'art que d'aucuns appellent la routine.

          Il nous expliquerait qu'au XVIIe siècle , le vignoble parisien ne diffère en rien des vignobles des autres régions de France, sinon qu'il est peut-être mieux soigné, qu'il produit un peu plus car on y porte plus souvent le fumier qu'en d'autres régions, que ses vendanges, à cause de la latitude, sont un peu plus tardives que dans le Midi dont on ne connaît d'ailleurs guère les vins et que sa réputation se mesure aux envois massifs que, tous les ans, dès le mois d'octobre, on fait en direction de la Normandie et de la Picardie….

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 Quelques  dates…

      1212 :  Philippe Auguste accorde à la Commune des privilèges pour la vente du vin sur son territoire. Il prescrivait aux religieux de s'abstenir d'en faire commerce. 

         Quai de la Tour, on chargeait dans des bateaux amarrés à la berge, les vins des coteaux mantais. On sait que ces vins eurent une grande renommée et qu'ils figurèrent sur les tables royales. 

     1698 : La grêle du 18 juillet ravage les vignes de l'élection de Mantes. 

     1705 :  Dans la nuit du 28 au 29 mai les vignes gelèrent dans la région de Mantes. 

     1720: Il y eut si grande abondance de vin à Mantes; il était vert attendu qu'on avait fait les vendanges trop tôt (le 23 septembre). Plusieurs vignerons ont fait enfoncer leurs cuves, ne pouvant trouver de futailles"

      1723 :  Le lundi 5 septembre, on a commencé les vendanges à Mantes. "Il y eut très peu de vin  par la sécheresse et par la coulure" toutes les chroniques disent que le vin fut très bon… 

La place de l'Etape doit son nom au commerce de vins considérable qui s'y fit jusque dans le cours du XIXe siècle.

 

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      2003   Création de l’association « le Clos des Vieilles Murailles » L’idée a été présentée lors du Comité de Quartier du Centre Ville. La mairie a donné son accord et mis un terrain  de 268 m2 à disposition  de l’association, celui des « soixante marches » au pied de la Collégiale surplombant la Seine.

     2004   Plantation de 154 ceps de cépage auxerrois (ou pinot blanc). Il faudra attendre trois ou quatre ans avant les premières récoltes.

     2005   L’association a fait une cuvée mantaise avec le raisin rouge des particuliers de la région, du Baco, un cépage hybride franco-américain qui a été mis au point par François Baco en 1907 pour lutter contre le phylloxéra.

     Avec le pressoir et les deux cuves acquis, l’association produira son propre vin

     2006   Lors d’un concours régional du 10ème symposium des vignes d’Ile de France organisé le 7 octobre au pavillon Baltard à Nogent-Sur-Marne, le « Côte de Seine » cépage Baco noir a reçu la médaille d’or.

     2007   Les 154 pieds de vigne plantés en mai 2004 ont donné 230 kgs de raisin blanc. Cette production pressée dès le lendemain a permis de recueillir 130 litres de jus. Ce cépage auxerrois, un blanc sec, sera à déguster en 2008.

     2008  Le  vin de la Collégiale honoré ! un vin agréable à déguster mais qui reste atypique. L’association des Sommeliers de Paris Ile de France a primé ce vin blanc  au cours d’une dégustation à « l’aveugle ».

     2009   Un diaporama intitulé « Les quatre saisons du clos » a été crée. Les photos illustrent les différentes manifestations de l’année :

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     Hiver :         taille de la vigne.

     Printemps :  débourrage…

     Eté :            filtrage…

    Automne :    Vendange…

    A la foire aux Oignons les verres d’auxerrois sérigraphiés « Clos des Vieilles  Murailles » ont eu un grand succès.

    2010 :  L’équipe associative a été récompensée lors du 12ème Symposium des vignes d’Ile de France. Le jury a attribué la médaille d’argent de ce concours pour son cépage auxerrois entièrement issu de la vigne de la Collégiale. Ce nouveau prix est une vraie reconnaissance puisque pas moins de 52 vins étaient en compétition.

     2011 :  Le Clos a exposé aux « Bulles de Mantes », manifestation autour de la « B.D. ». Grâce à une série d’étiquettes spécifiques dessinées à cette occasion par Martin JAMAR auteur belge connu pour sa série « Double masque » : un fier et jovial Grognard napoléonien pour le Baco, et une très jolie demoiselle à la coiffure sauvage pour l’auxerrois.

 

     Article réalisé en collaboration avec l'association "Le Clos des Vielles Murailles" 

http://www.clos-des-vieilles-murailles-mantes-la-jolie.com/

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Commentaires (3)

1. lammc (site web) 29/11/2016

Bonsoir,
Nous sommes une association, nous n'avons donc pas le droit de vendre du vin. Par contre si vous faite un don à notre association en échange nous pouvons vous offrir une ou deux bouteilles maximum..... Voici le lien de notre site http://www.clos-des-vieilles-murailles-mantes-la-jolie.com/

2. Evelyne, Tout Simplement.. (site web) 02/02/2014

Merci de votre passage sur mon article sur les vignes ! Vous me ferez signe quand le nouveau site fonctionnera ! Je mettrai le lien sur mes blogs. Bien amicalement.

3. HUET 28/02/2012

Encore une belle facette de l'histoire de Mantes, bravo à toi Michel et à l'association.

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Date de dernière mise à jour : 24/10/2014